THQ en faillite, quel avenir pour les studios et les licences ? 
par Quantic

jeudi 24 janvier 2013 19:18 3 commentaires

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On savait que THQ allait mal depuis déjà pas mal de temps. L’absence de l’éditeur à l’E3 et à la GamesCom l’année dernière pour raisons financières ne sentait pas bon mais les très mauvaises ventes du pourtant pas si mauvais Darksiders 2 auront eu raison du dernier souffle de THQ.

Histoire de rendre le condamné un peu plus présentable, THQ s’est lancé fin 2012 dans une folie de promotion à tout va vendant l’intégralité de son catalogue à prix minuscule. Et pas mal de joueurs en auront profité pour faire le plein de titres pas toujours merveilleux mais quand on désosse un cadavre, on ne fait pas son difficile.

THQ s’est alors mis à la recherche d’un repreneur capable de supporter l’édition des prochains titres de son catalogue, d’autant plus qu'il y avait du lourd à proposer en 2013  (South Park, Metro Last Light, ...). On a cru un moment que le cauchemar allait s’arrêter avec l’annonce du rachat par un groupement d’investisseurs (le fond Clear Lake) pour environ 60 millions $. Certainement pas des passionnés du jeu vidéo mais la garantie pour THQ que les titres en cours de développement pourraient arriver dans les rayons.

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C’était sans compter sur le prix a priori très faible de l’offre de reprise qui a eu un peu de mal à passer auprès des débiteurs de THQ, soucieux de voir un jour leurs dettes remboursées.
Résultat : L’offre de ClearLake a été suspendue et une mise aux enchères de tout ou partie de THQ a eu lieu hier : son résultat a été dévoilé ce matin.

Il y avait peu de chance que THQ ne soit pas désossé puisque pour éviter la diaspora des licences de l’éditeur, il aurait fallu qu’un repreneur propose un montant plus élevé pour l’ensemble de THQ que la somme des offres par studio/licences individuelles. Et comme aucun grand éditeur ne s’était montré intéressé pour l’ensemble du portefeuille de THQ, les choses sentaient vraiment le roussi.

Mais qui a gagné quoi ?

Maintenant que l’on sait que THQ a été vendu par petits bouts, vous vous demandez sans doute qui a récupéré les meilleurs morceaux :

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- Koch Media rachète Volition et les licences Saints Row et Metro.
Koch Media, un éditeur assez peu connu du grand public, mais dont l’influence est grandissante (et qui se cache derrière le gros succès Dead Island) récupère donc le Studio Volition et son excellente licence Saints Row. Espérons donc que Volition continuera sur sa lancée en proposant un futur Saint Row 4 au niveau de l’excellence du troisième épisode.

Au passage Koch Media récupère également la licence Metro, dont le second épisode Metro Last Light est toujours prévu courant Mars et semble vraiment alléchant.
Coût de l’opération : 22 millions $ pour Volition et Saints Row, 6 millions $ pour la licence Metro. A noter qu’Ubisoft était également sur le coup mais a raté son enchère.

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- Crytec rachète la licence Homefront
Un rachat presqu’à prix d’ami puisque cela n’aura coûté que 500.000 $. Il faut savoir que le premier Homefront fut un bide monumental et que le second épisode a été mis en sous-traitance par THQ chez un studio de Crytec. Le rachat avait donc tout son sens.

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- Ubisoft rachète South Park et le studio THQ Montréal
Ubisoft est aussi parti avec de belles pièces puisqu’ils ont racheté le très prometteur South Park : The stick of Truth, prévu un peu plus tard cette année ainsi que le studio THQ Montréal. Ce studio a été fondé par Patrice Désilets, créateur d’Assassins’ Creed, lors de son départ d’Ubisoft. Pas sûr qu’il soit enchanté de retourner dans le giron de son ancien employeur.
Coût de l’opération pour Ubisoft : 3 millions $ pour South Park et 2,5 millions $  pour THQ Montréal.

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- Sega rachète Relic
Sega a racheté aussi un gros morceau avec le studio Relic (auteur des Company of Heroes ou Dawn of War) pour un peu plus de 26 Millions $ et a battu Bethesda sur le fil.
Ce rachat a beaucoup de sens puisqu’il permet à Sega de se profiler encore mieux sur la marché du RTS PC. Ils sont déjà propriétaires de The Creative Assembly et de la licence Total War. Ils récupèrent également un studio à même d’exploiter la licence de Warhammer toujours juteuse auprès des joueurs PC.

- Take Two rachète Evolve
Evolve est une nouvelle licence dont on ne sait pas grand chose si ce n'est qu'elle est développée par Turtle Rock, auteur de Left 4 Dead. Voilà donc un rachat assez surprenant et une prise de risque importante pour Take Two puisque la transaction leur coutera quand même 11 millions $. A noter que Turtle Rock aura tenté de racheter lui-même la licence mais son petit 250.000 $ était loin du compte.

Et les licences abandonnées ?

A la lecture de cette liste, on se rend compte qu’il manque encore beaucoup de licences THQ.

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La plus importante étant sans aucun doute Darksiders et son studio de développement Vigil dont personne n’a voulu.

L’avenir de Vigil et de la licence Darksiders apparait donc comme assez sombre car, sauf miracle de dernière minute, il y a fort à parier que le studio devra fermer ses portes et la licence Darksiders, pourtant de très bonne qualité, disparaitra dans l’oubli.
Une rumeur soutient que Platinum Games serait encore intéressée par le studio mais c’est à prendre au conditionnel car le prix minimum réclamé serait trop élevé. L’avenir ne sera certainement pas rose pour les employés de Vigil.

Autre absent de poids : la licence WWE sur laquelle on aurait cru qu’EA Sports se serait jeté. Aucune trace dans les communiqués jusqu’ici mais il est tout à fait possible que la vente ait déjà eu lieu avant même la phase d’enchère. Take Two, via son éditeur sportif 2K Sports seraient également un repreneur poteniel.

Il en va de même pour la foule de petites licences qui étaient la propriété de THQ et qui, au mieux, auront été bradées et au pire se retrouvent sur le carreau.

Et maintenant, que conclure de cette nouvelle faillite ?

1/ La montée en puissance confirmée d’Ubisoft
Voilà quelques années maintenant que le troisième éditeur mondial a le vent en poupe en sortant d’excellents jeux tout en étant présent sur tous les supports. Les jeux 2013-2014 sont très prometteurs et on remarquera qu’Ubisoft aura essayé sans succès de repartir avec Saints Row mais pourra se consoler en récupérant Patrice Désilets, le chouchou qu’elle a dû laisser partir il y a quelques années. Un départ qui avait fait grand bruit à l'époque.

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2/ L’investissement majeur de Sega
Sega est également en difficulté financière et a fermé plusieurs antennes locales en 2012 mais a pourtant décidé d’investir beaucoup dans le RTS PC qui n’est pourtant plus un genre très à la mode. Les affaires iraient donc mieux ?

3/ Koch Media monte en puissance
Cet éditeur parfois un peu obscur pour le grand public va se mettre de plus en plus en avant au cours des prochaines années et avec Saints Row et Metro, il a les cartouches pour sortir de son statut d’éditeur de seconde zone. A suivre.

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4/ L’absence des deux premiers éditeurs mondiaux : Electronic Arts et Activision
Preuve que dans ce désossement, ce sont les éditeurs challengers qui ont pris des risques. Bien sûr, il est possible qu’EA soit déjà parti avec la licence WWE mais sans s’impliquer plus que nécessaire dans les enchères.
Quant à Activision/Blizzard, les rumeurs de désintérêt de son propriétaire Vivendi ne le mettait sans doute pas en meilleure posture pour un gros rachat.

Voilà donc la conclusion de la faillite de THQ, preuve que le marché du jeu vidéo n’est pas encore à maturité et reste très difficile pour les éditeurs qui n’ont pas les reins assez solides.

Souhaitons beaucoup de courage à tous les employés de THQ et de ses studios car il y a fort à parier que tous ne se sortiront pas indemne de ce désossement.

         3 commentaires

dans Gaming, Geek, News
Tags : thq, faillite, désossement, enchères

Commentaires

peut-être que les dernieres licences sont encore en pour parler non ? laisser darksider sur le carreau c'est impossible. la signature ne doit pas encore etre faite enfin j'espere

Écrit par : GeekLette | 24/01/2013

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Un peu dégoûté par l'abandon de Darksiders... licence, que je trouvais prometteuse, bonne ambiance, un certain 'cachet' (tant musical, que design) qui certes reprenait beaucoup de mécanismes d'autres jeux, mais le rendu final n'était pas si désagréable. Que du contraire ! :)

M'enfin, 'vaut parfois mieux qu'une telle saga se termine, qu'être reprise et finir en jeu bâclé, DRMisé, QTEisé, DLCisé (déjà que le deux était pas mal à ce niveau hum) en puissance par Ubisoft, EA, ou Activision...

Rahlala, quoi qu'on en dise, THQ va me manquer, en tant qu'éditeur & développeur. J'ai de bons souvenirs, même si certains jeux étaient moyens certes.

Par contre, ce que je redoute arrive petit à petit : nous courons droit vers une segmentation de l'industrie du jeu vidéo.

Le premier regroupera des géants, représentant un sacré monopole qui leur permettra de se permettre un peu près tout (un peu comme dans le domaine de l'informatique où les exemples de monopoles ne manquent pas). A nous la "chance" d'avoir au minimum une déclinaison par an de licences usées jusqu'à la moelle... et trop peu de nouvelles licences.

Le second sera orienté "petits studios", développeurs indépendants ; c'est sans doute de là que viendra un vent de fraîcheur. Pas de prises de têtes, des jeux différents pour une expérience différente, et plus "humaine", honnête envers les joueurs...

Écrit par : Drym' | 24/01/2013

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Oui, il est probable que Darksiders sera récupéré hors enchères mais pour Vigil Games, le studio, ça sent très mauvais car si la licence est reprise par un concurrent, il est probable qu'il le fera développer en interne...

Sinon, nous sommes assez d'accord avec Drym'. On sent déjà cette distinction entre les gros titres AAA des majors pas forcément mauvais mais vendu à grand coup de marketing et les petits jeux indépendants vendu 3 X rien mais bourrés de bonnes idées.

Le jeu-vidéo est devenu un plus gros Business que le cinéma, c'était une évolution un peu inévitable. Le plus important reste que les plus petits développeurs gardent un marché pour écouler leurs titres. Et c'est là que les magasins dématérialisés font un bon travail.

Écrit par : Quantic | 26/01/2013

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